Note d'intention
Cette note d'intention est certes exhaustive mais présente assez bien les volontés d'Alain, les objectifs et fils conducteurs qui animeront ce spectacle.Si l’on s’en réfère à l’ « Histoire du Théâtre en Bande Dessinée » d’André Dégaine, le Théâtre résulterait de la greffe de récits populaires (épopées mythologiques) sur le culte de Dionysos. Chaque épisode de ces épopées (notamment celle de la maison royale de Thèbes : la famille d’Œdipe ) est un matériau d’une telle richesse qu’il nécessite un art plus profond que celui du conteur pour livrer tous ses secrets.
C’est donc assez naturellement qu’autour du chœur, un puis deux, et enfin trois comédiens sont montés sur une « skene » (scène) pour faire vivre ces personnages. Des auteurs grecques (dont Sophocle) ont adapté ces récits mythologiques, donnant naissance par la même à la Tragédie grecque. Ce que l’épopée racontait, la Tragédie le montrait. Elle donnait le sentiment de la vie, inspirait terreur et pitié, et obligeait au partage collectif d’une souffrance ou d’une anxiété (catharsis).
« Notre histoire d’Œdipe roi », se veut le reflet de cette greffe, de ce passage de l’art oral à l’art théâtral. Ce spectacle prendra donc racines dans les récits mythologiques et dans le texte « Œdipe roi » de Sophocle. Pour paraphraser, Jean Anouilh (lui-même auteur d’une adaptation : « Œdipe ou le roi boiteux ») : « je me suis glissé dans la tragédie de Sophocle comme un voleur – mais un voleur scrupuleux et amoureux de son butin ».
Notre projet mettra en scène 3 interprètes. Ils seront d’abord : prêtres de Dionysos (personnages masqués, portant de grande robe anthracite, affublé d’un thyrse). Ils accueilleront les spectateurs. Ils placeront les éléments du « rituel théâtral », dédié à Dionysos. Puis ils raconteront les aventures du grand-père d’Œdipe : Cadmos, la construction de la ville de Thèbes, et la transmission du pouvoir des mains de Cadmos à celle d’Œdipe. Ils seront aussi manipulateurs, régisseurs, pendant toute la durée du spectacle. Ils apporteront des éclairages sur tels ou tels évènements, personnages, permettant ainsi de replacer l’histoire dans son contexte. Ils seront médiateurs. Puis, abandonnant leur masque, ils feront vivre les personnages du texte de Sophocle :
- Un comédien interprétera le rôle d’Œdipe
- Un deuxième interprétera les personnages « qui savent » : le prête de Zeus, Tirésias le devin, Jocaste (la femme d’Œdipe), et le berger
- Un troisième « ceux qui ne savent pas » : Créon (le beau frère d’Œdipe), le corinthien, le messager du palais
Parfois, ils se regrouperont, pour faire exister le Chœur. Ce dernier représente la voix du peuple de Thèbes. Habituellement composé de quinze personnes, nous chercherons à transposer le Chœur grâce à des outils, qui restent encore à préciser ( marionnette, projection vidéo, voix sonorisée,…).
A l’image du travail effectué sur le chœur, nous chercherons une transposition de chacune des règles de la Tragédie grecque (espace scénique, rythme du texte,…). L’environnement musical (flûte, percussion,…) et la création chorégraphique nous accompagneront dans ce travail. Toujours à la frontière entre le cultuel et le culturel ce registre théâtral nécessite une ritualisation très précise. En revanche, nous ne recherchons pas à sacraliser le spectacle. Il devra rester accessible à tous les publics. Chaque spectateur devra se sentir immerger dans l’histoire, comme faisant partie intégrante de celle-ci. Une réflexion sera conduite sur l’accueil, sur la proximité entre acteur et spectateur, voire sur la convivialité qu’y peut naître après une heure et demi de représentation.
Quelques réflexions scénographique………………………………
« L’histoire d’Oedipe Roi » est avant tout une intrigue policière: Qui a tué le roi Laïos ? - Roi auquel Œdipe a succédé.
Le héros n’aura de cesse de découvrir la vérité sur ce meurtre, et chemin faisant Œdipe fera la lumière sur sa propre histoire.
La lumière, en l’occurrence, sera l’élément central de notre travail.
Nous entamerons une recherche sur la variété des sources lumineuses. L’ombre et la lumière comme élément structurant de l’espace de jeu. Et pourquoi ne pas imaginer faire jouer les sources lumineuses elle-même. La lumière comme un personnage de l’histoire.
Le plateau sera nu. Il serait délimité par des « éléments naturels » : branchage, cep de vigne, feuilles,… La Nature occupe une place prépondérante dans l’acte théâtral grecque. Elle devient un enjeu, et par la même un point de rencontre entre les Hommes et les Dieux. Si cette notion se précise, nous chercherons à décliner « l’élément naturel », au travers des matériaux utilisés dans la création des costumes et des accessoires.
Une première indication a déjà été apportée sur la nature des costumes des prêtres de Dionysos. Ces costumes serviront d’élément de base. Pour faire exister les autres personnages, les comédiens utiliseront des « bouts » de costumes, d’ accessoires, laissés à leur disposition sur le plateau. Les changements de costumes et la mise seront partie intégrante du « rituel théâtral ». Il peut arriver parfois que cette « valse de personnages » perde en lisibilité. Le spectateur ne sachant plus qui est qui. Ici, le risque est moindre, dans la mesure où les trois personnages centraux de l’intrigue, à savoir Œdipe, Jocaste et Créon, seront joué « visage nu ». Les autres non. De plus, les personnages apparaissent le plus souvent en scène pour ne plus y revenir.
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